Erevan
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Madame la Secrétaire générale,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de gouvernement,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Ce Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement nous donne l’occasion de débattre des défis qui nous occupent, bien sûr dans nos pays, mais aussi collectivement dans la Francophonie, et au-delà…
Et depuis notre dernière rencontre, beaucoup de choses ont changé, mais les grandes tendances demeurent, se confirment et se sont renforcées.
Face à la tendance au repli et la tentation du ghetto, nous devons opposer la prééminence de la cohésion et de l’intégration sociale
Face à la polarisation et à l’opposition entre Etats, nous devons opposer le renforcement de la coopération internationale
Face à la tendance de la loi du plus fort, nous devons rappeler la force des règles internationales fondées sur le droit
Et depuis notre dernière rencontre, la gestion des questions cruciales
La question du changement climatique, et la défense de la diversité culturelle ont pris de plus en plus d’importance.
Nos réponses à ces défis doivent être efficaces et elles doivent être justes. Et elles ne peuvent être efficaces et justes que si nous parvenons à créer des réponses coordonnées sur le plan multilatéral.
Devant ce constat qui plaide pour un renforcement de la coopération et du rôle des organisations internationales, nous observons au contraire un phénomène de repli sur soi et de polarisation.
Il faut nommer ces évolutions. Il faut mettre des mots sur ces dérives. Et oui nous vivons une période de défiance envers le multilatéralisme et envers sa capacité à apporter des solutions durables à nos préoccupations communes.
Crise du multilatéralisme
Crise de la démocratie
Crise de la communication
Dans ce contexte troublé, et bien, la francophonie est un atout. D’abord parce que nous sommes nombreux et nous sommes significatifs.
Composée de plus d’un tiers des Etats de la planète, la francophonie est une plateforme de dialogue indispensable.
Ensuite parce que la spécificité de notre organisation, ce qui lui donne sa force et fait le succès de son approche, c’est le français.
Plus que la langue, le français c’est :
La culture
Les concepts
La structuration de la pensée
Le français, c’est notre langue, bien sûr, mais c’est bien plus que cela. C’est l’un des fondements de nos cultures, de nos références communes, qu’elles soient littéraires ou historiques, poétiques ou philosophiques.
Mais l’usage du français c’est aussi une structuration particulière de la pensée, ce sont les concepts. Et parce que nous avons cette capacité commune à nommer les choses, à les organiser, nous pouvons aussi chercher ensemble des réponses.
Je viens, comme nombre d’entre vous, d’un pays plurilingue.
Et je mesure tous les jours à quel point l’usage du français nous est utile pour nous comprendre mais aussi pour enrichir nos modes de penser. Car on ne résonne pas de manière identique dans toutes les langues.
Le français est donc bien plus qu’un moyen de communication. C’est le cadre de référence dans lequel nous pouvons penser le monde.
Et le français c’est ce qui nous relie, mais c’est aussi ce qui nous différencie. C’est notre contribution à la diversité.
De cette différenciation, dépend le respect de nos diversités.
Et le respect de nos diversités présuppose l’égalité.
Vers l’intérieur, au sein même de la communauté francophone
Mais aussi vers l’extérieur
Grâce à ce socle commun, nous avons pu développer ensemble avec la Francophonie, une activité intense et reconnue sur la scène internationale, et ce, dans de nombreux domaines :
Sur le plan politique, la Francophonie est au premier rang lorsqu’il s’agit de soutenir les Etats membres confrontés à une situation de crise ou de sortie de crise. Elle est un acteur apprécié et écouté au service de la paix et de la démocratie au sein de notre espace. D’autres avant moi l’ont évoqué.
La Francophonie met aussi à disposition son réseau, notamment sur le continent africain, pour créer des synergies et favoriser la mise en œuvre des stratégies économique et jeunesse, ou des thématiques transversales comme l’environnement ou l’égalité. De nombreuses coopérations en divers domaines, allant de la formation au numérique, ont également été possibles.
Sur le plan de la culture, la Francophonie s’est imposée comme un des acteurs majeurs de la coopération internationale. J’aimerais ici souligner et saluer le rôle essentiel, dans ce contexte, de TV5. Un outil et un vecteur indispensable de nos actions communes.
Le travail accompli est remarquable.
Bien sûr, elle n’échappe pas aux remises en question et à la nécessité de se réformer pour mieux répondre aux exigences d’un monde en permanente mutation.
Pour faire face à ces changements, tout en réussissant à renforcer la place qui est la sienne dans un multilatéralisme en crise, la Francophonie doit veiller à conserver et à consolider ce qui fait précisément sa force.
Pour la Suisse, cela passe par trois axes fondamentaux :
Le premier axe consiste à développer l’apprentissage du français que nous avons en partage comme fondement de notre engagement. Cela signifie développer l’usage du français, son apprentissage, sa force dans le cadre international et multilatéral.
Nous observons un intérêt croissant de la part d’Etats non membres pour la Francophonie. C’est réjouissant et cela démontre l’importance de notre organisation.
Mais cela constitue également un défi : celui de les accueillir avec toute leur diversité sans pour autant que l’usage de notre langue commune et de nos valeurs soit relégué au rang de critère secondaire.
Le second axe passe par la capacité de la Francophonie à revendiquer haut et fort les principes auxquels elle est attachée.
Paix, démocratie, respect des droits de l’homme ou égalité femmes-hommes constituent le cœur du message de l’organisation sur la scène internationale.
Grâce à son action patiente et déterminée, la Francophonie a obtenu des succès tangibles ces dernières années que ce soit dans l’accompagnement des processus électoraux, le respect de l’Etat de droit, l’abolition de la peine de mort ou l’égalité entre les femmes et les hommes. Il nous faut poursuivre et développer cet engagement.
Enfin, le dernier axe consiste à toujours discuter des priorités de la Francophonie.
Les changements économiques, politiques et sociaux, toujours plus rapides, et les incertitudes qu’ils engendrent, suscitent des attentes toujours plus grandes envers notre organisation.
Le risque de se disperser, de vouloir tout faire existe, et il dilue en quelque sorte la plus-value des activités dans lesquelles la Francophonie excelle.
Et nous devons pour cela, pour réaliser ces tâches, aussi compter sur le réseau parlementaire. L’APF joue, avec vous, un rôle très important que nous devons toujours renforcer et valoriser.
Excellences,
Mesdames et messieurs,
L’écrivain martiniquais Edouard Glissant, disparu en 2011, préférait au mot « mondialisation » celui de « mondialité », qu’il définissait comme un monde connecté, un monde d’échanges, où les différences demeurent et sont une force.
Cette définition pourrait s’appliquer à nos travaux. Elle nous aiderait aussi, sans doute, à mieux appréhender les défis globaux du XXIe siècle.
Les textes que nous sommes appelés à adopter au Sommet qui s’ouvre aujourd’hui, et en particulier « l’Appel d’Erevan pour le Vivre Ensemble », s’inscrivent pleinement dans cette vision.
Ils ont le mérite de rappeler les valeurs essentielles qui fondent notre action. Ils permettent aussi d’esquisser les contours d’une Francophonie future.
Une Francophonie qui, solidement ancrée dans ses principes, pourra favoriser l’émergence de sociétés inclusives, respectueuses de tous et de toutes, au service de la paix et de la stabilité du monde.
Nous avons souhaité porter une contribution significative aux travaux préparatoires du Sommet. C’est ainsi que la Suisse a proposé une résolution sur la participation culturelle destinée à faire de la création culturelle au sens large du terme un facteur de cohésion sociale.
La possibilité, pour un artiste, de pouvoir exprimer une conviction ou une opinion au travers d’une œuvre, quelle qu’elle soit, lui apporte d’abord une reconnaissance sociale, mais ouvre aussi une possibilité de dialogue.
La Suisse s’est également engagée en faveur de l’adoption d’une stratégie sur l’égalité femmes-hommes garantissant aux femmes une participation active au sein de la société.
Je suis convaincu que le 17e Sommet d’Erevan ouvrira une nouvelle étape.
Le monde a besoin de la Francophonie.
Je vous remercie de votre attention