New York
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Madame la Présidente,
Excellences,
Mesdames les ministres,
Mesdames et Messieurs,
Je tiens tout d’abord à saluer l’organisation de cette table ronde de haut niveau sur une thématique majeure.
La Suisse est une démocratie directe, une démocratie vivante et exigeante. Mais c’est une jeune démocratie, une des plus jeunes du monde, puisque les femmes n’y ont le droit de vote au plan national que depuis 1971.
Cette situation s’explique par le fait que c’est par votation populaire masculine que le droit de vote a été accordé aux femmes et, force est de le constater, une majorité des hommes a longtemps eu peur de partager le pouvoir.
Sur la base des élections de 2015, l’Union interparlementaire a classé la Suisse en 37e position en matière de représentation des femmes dans les parlements nationaux.
Aujourd’hui, les femmes n’occupent que 29% des sièges au sein de notre parlement.
En ce qui concerne le gouvernement, la situation s’est améliorée. En effet, le parlement a récemment élu 2 conseillères fédérales, – c’est le titre porté par les ministres en Suisse. Cela signifie que le gouvernement suisse est actuellement constitué de 3 femmes et de 4 hommes, issu-e-s de divers partis politiques.
Une telle configuration correspond aux attentes d’une grande partie de la population.
Une proposition récente demande d’ailleurs que les femmes soient équitablement représentées non seulement au gouvernement fédéral, mais aussi au sein des autres autorités élues par le parlement, comme par exemple les tribunaux.
Selon cette proposition, il s’agirait d’ériger la question du genre au même niveau constitutionnel que la représentation linguistique, qui est une question importante en Suisse.
Pourquoi avons-nous besoin d’une représentation équilibrée des sexes ?
Il est d’abord indispensable que les autorités en général reflètent la diversité du corps citoyen. Il en va de la démocratie. La population doit pouvoir se reconnaître dans son parlement comme dans son gouvernement. Il est toujours risqué que le peuple se sente déconnecté de ses autorités.
Ensuite, il est bénéfique que le gouvernement et le parlement soient constitués par des personnes ayant des expériences et des parcours de vie différents.
La participation des femmes au gouvernement a fait la différence à plusieurs reprises en Suisse :
Dans les années 1980, c’est la première femme élue au gouvernement, Elisabeth Kopp, qui a piloté la révision du droit matrimonial, qui abolit le rôle de chef de famille dévolu jusqu’alors au père.
Dans les années 90, c’est la deuxième femme élue au gouvernement, Ruth Dreifuss, qui a introduit un régime universel d’assurance maladie, qui a permis la reconnaissance du travail éducatif et le partage des pensions dans notre assurance vieillesse, et qui a œuvré en faveur d’un congé maternité.
Juste après l’accident nucléaire de Fukushima au Japon (2011), la majorité féminine du gouvernement a joué un rôle décisif dans la décision historique de la Suisse de sortir du nucléaire.
Tout récemment, c’est une alliance de femmes – de gauche et de droite – qui a permis que le projet de loi du gouvernement visant une obligation d’analyse de l’égalité salariale pour les employeurs soit accepté par le parlement.
Le vote des femmes fait également pencher la balance lors de certains scrutins populaires :
-En 2014, cela a été le cas en Suisse lors d’une votation concernant l’achat de nouveaux avions de combat : les hommes étaient majoritairement pour, mais le non des femmes l’a finalement emporté.
-Même chose lorsqu’une initiative a demandé à la population de rendre imprescriptibles les délits sexuels sur les enfants (2008). Le large oui des femmes a été déterminant.
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs,
Dans le domaine de l’égalité entre femmes et hommes, secteur public et organisations internationales se doivent d’être exemplaires.
Dans son engagement pour la paix, la Suisse est convaincue qu’une société inclusive et respectueuse de l’égalité entre les genres présente de meilleures chances de stabilité politique et de développement durable.
Cela nous amène à soutenir la contribution et le leadership des femmes dans les processus de paix et de mise en œuvre de la résolution 1325.
Je tiens aussi à souligner le travail du réseau International Gender Champions, à Genève, New York, Vienne, La Haye et Nairobi. Ce réseau réunit plus de 200 responsables d’organisations internationales, d’agences onusiennes, de missions permanentes et d’ambassades, parmi lesquels figurent le Secrétaire général de l’ONU et bien sûr les Représentants Permanents de la Suisse.
Les politiques, de même que les responsables administratifs, peuvent et doivent montrer la voie, en veillant dans leur sphère d’influence à la mixité des équipes.
L’équilibre entre les genres doit devenir une évidence, en politique comme en économie, en Suisse comme dans les autres pays.
Le monde entier en sera plus fort, plus équilibré, plus durable.
Je vous remercie de votre attention.