Genève

Manuscrit, non publié à l’époque. Texte établi d’après l’exemplaire de lecture. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Discours prononcé en français et en allemand. Texte original, non traduit.

Amis des titres, et des sous-titres,

Dans le monde des arts, les honneurs ont valeur de titre.

Et au moment de décerner le Prix d’honneur du cinéma suisse, j’ai bien sûr une pensée pour Bruno Ganz, retourné dans Le ciel au-dessus de Berlin.
Ou peut-être au-dessus de Lisbonne, la Ville blanche.

Et aussi pour Claude Goretta, parti rejoindre Mario Ricci.

Tous deux s’étaient rencontrés sur le tournage de La Provinciale,
à Paris, soit très exactement à mi-chemin entre Genève et Zurich.

Que l’on prime une œuvre spécifique ou l’œuvre d’une vie, il ne s’agit pas d’opposer ces deux vertus essentielles que sont la ponctualité et la constance.

Et surtout pas ici à Genève, réputée tant pour la ponctualité de ses horloges que pour la constance de son préposé aux jardins publics qui arrose abondamment le lac depuis la fin du XIXe siècle.

Cette Constance du jardinier, on se doit de la saluer dans une soirée consacrée au cinéma.

Honorée, Beki Probst l’a été déjà à Soleure en 2013, ce qui ajoute de la persévérance à la constance. Ceci alors même que ses activités, consacrées essentiellement à promouvoir le cinéma, ne sont pas de celles que le milieu du 7e art récompense traditionnellement.

Et c’est assez piquant d’auréoler d’un nouveau titre celle qui a tellement fait pour les sous-titres.

Beki Probst a été gérante et programmatrice des cinémas Probst, devenus les cinémas « Quinnie », spécialisés dans la projection des films en version originale sous-titrée.

Les cinémas « Quinnie » qui ont été baptisés du nom du chien de Beki Probst, un bouledogue, ce qui prouve que, comme Jean-Luc Godard, on peut être à la fois cinéphile et cynophile.

Comment faisait-on en Suisse avant la généralisation du sous-titrage ?

Il aurait fallu que Beki Probst arrive bien plus tôt pour que Michel Simon soit compris des Glaronnais.
Ou pour qu’un fan-club Paul Hubschmid, le Fusilier Wipf, voie le jour en Gruyère.

Si les sous-titres ont offert aux Suisses l’opportunité de s’intéresser aux films du monde, ils ont probablement aussi servi de traits d’union entre nos diverses cultures cinématographiques.

Personne ne le sait mieux que Beki Probst, pour faire de bons sous-titres, il faut cultiver l’art de mettre des lettres dans l’ordre, ce qui explique que cette ancienne journaliste ait été distinguée par l’Ordre des Arts et des Lettres.

Liebe Filmfreundinnen und Filmfreunde

Die Laufbahn von Beki Probst zeichnet auch eine Verbindungslinie nach:
Zwischen der Türkei und der Schweiz,
aber auch zwischen der Schweiz und Europa
und damit in gewisser Weise auch zwischen der Türkei und Europa.

Es erstaunt daher nicht, dass Beki Probst sich schliesslich im kosmopolitischen Berlin niedergelassen hat.
Dort leitete sie den wichtigen European Film Market der Berlinale.

In Berlin hat sich Beki Probst während dreissig Jahren für die Verbreitung guter Filme aus aller Welt eingesetzt.

Ein Engagement, das sie auch in Locarno viele Jahre verfolgte.
Hier unterstützte sie die Lancierung des letzten Schweizer Films, der 1991 einen Oscar für den besten ausländischen Film gewonnen hat, Reise der Hoffnung von Xavier Koller.
Plus que tout autre, Le voyage vers l’espoir pourrait symboliser le parcours de Beki Probst :
une production helvético-turque d’excellence,
multiculturelle et politique,
prônant l’ouverture et la tolérance,
ayant transité par les plus fameux festivals internationaux pour atteindre sa renommée mondiale.

Ce soir, vous l’aurez compris, je suis très honoré d’avoir à récompenser Beki Probst, l’une des grandes forces motrices du cinéma.

Chère Beki Probst, je suis très heureux de vous remettre le Prix d’honneur du cinéma suisse.

Félicitations !

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