Yverdon-les-Bains

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Amis des traditions,
Amis des exceptions,

Quelqu’un a dit un jour – et il est important de s’en souvenir à l’occasion de la journée traditionnelle du 1er août: « Il n’y a pas de fumée sans feu ».

Eh bien, ce quelqu’un se trompait et il faut être venu chez vous pour le comprendre.

Car Yverdon est la ville de Suisse où ce proverbe ne se vérifie pas.

Une étude de l’histoire d’Yverdon permet en effet d’opposer deux exceptions notables à cette idée reçue, qui date sûrement des lacustres et qui veut qu’une fumée soit nécessairement la conséquence d’un feu.

1. Première exception : la brume de vos bains.

Votre ville est réputée pour ses bains, l’exploitation de sources thermales chaudes remontant sans doute à l’époque gallo-romaine, soit à bien avant la canicule.

Yverdon fait donc partie de ces quelques lieux qui comptent dans la lutte contre les maladies rhumatismales, les maladies de peau et les maladies liées au stress et ma présence ici, comme ministre de la santé, trouve d’emblée une justification.
2. Deuxième exception : le nuage d’Expo 02.

Vous ne le savez peut-être pas, mais le département que je dirige comprend encore l’Office fédéral de la météorologie.

Ma présence chez vous se justifie également sous cet angle.
Et là, je dois dire que je suis un politicien comblé.

Car, le 14 septembre 2003, vous avez organisé un référendum local pour savoir s’il fallait garder ce nuage, respectivement sa structure.

Les gens qui avaient voté « pour » doivent être considérés comme des précurseurs en matière de sauvegarde du patrimoine nuageux suisse.

Fêter le 1er août chez des gens qui ont développé un tel amour des droits civiques, jusqu’à organiser un référendum sur un nuage, c’est un émouvant honneur pour un Conseiller fédéral.

Mesdames et Messieurs,

Je parlais de nuages. Nous vivons effectivement des temps mouvementés.

L’Europe est devenue le continent de la fébrilité politique.
Dans de nombreux pays, les débats sont fortement polarisés.
Et la cohésion sociale mise en danger.

La Suisse, elle, va bien.
Pas seulement économiquement.
Mais aussi en termes de cohésion sociale.

Et ce malgré sa diversité unique.

La Suisse va bien car lorsque ses intérêts sont en jeu, nous ne restons pas indifférents.

Nous savons que nous devons nous engager pour maintenir les liens qui nous unissent.

Les fêtes du 1er août l’illustrent bien. A Yverdon aussi.

Sans « Paf Event », « Samgha » et « Les mam’y », sans l’immense engagement des bénévoles, ces fêtes n’auraient pas lieu.

Merci à toutes et à tous.

L’engagement pour notre pays se reflète aussi dans les nombreux compromis que nous faisons :

Par exemple, l’accord conclu entre l’Union patronale suisse et les syndicats sur le deuxième pilier.
Ou la récente votation sur le projet de réforme fiscale et de financement de l’AVS.

Bien sûr, faire des compromis n’est pas facile.

Nous l’avons tous vécu un jour :
dans notre famille,
dans notre commune et – justement –
dans les débats nationaux.

Il faut du courage pour faire des compromis.
Surtout dans des temps mouvementés,
surtout dans un monde où la polarisation menace l’intérêt public et l’identité commune.

Les compromis ne sont pas seulement indispensables à notre système politique.

Ils montrent aussi que nous ne sommes pas indifférents aux autres.
C’est ce qui fait notre force.

Nous savons qu’il y a d’autres intérêts,
d’autres identités et d’autres perspectives.

Et nous avons intégré dans notre système politique ce respect envers les autres.

Je le vis chaque mercredi au sein du Conseil fédéral. Et c’est un privilège.

Il en va d’ailleurs de même dans les cantons et les communes.

C’est ça, la formule magique de la Suisse.

Nous savons que la capacité à faire des compromis nous rend encore plus forts.

Même si c’est parfois perturbant de faire des concessions ou d’accepter que les solutions trouvées ne correspondent pas à 100% à nos attentes.

Mesdames et Messieurs,

En 1848, la Suisse s’est dotée d’une Constitution et est entrée dans l’ère politique moderne.

Depuis, elle a su se renouveler – politiquement et socialement – pour devenir un pays toujours plus équitable.

Un pays qui a la volonté de partager le pouvoir politique avec ceux qui en étaient jusqu’alors exclus.

Un pays qui sait qu’en renforçant les plus faibles, on renforce les plus forts.

Oui, nous ne sommes pas indifférents.

Nous nous trouvons au cœur de l’Europe, et pas seulement géographiquement.

Nous faisons partie de l’espace culturel européen. L’Europe est notre patrie culturelle au sens large.

Économiquement et socialement aussi :
nous en faisons partie intégrante.

C’est pourquoi nous voulons trouver une solution à la question européenne.
Une solution qui soit portée par tous.
Une solution qui soit un bon compromis.

Notre démocratie directe nous rend uniques.
Nous pouvons en être fiers – et nous devons nous engager pour la défendre.

Car des questions fondamentales subsistent :

Tout le monde a-t-il accès à des soins médicaux de qualité ?

Le changement climatique est-il pris au sérieux – ou attendons-nous qu’il soit trop tard ?

Comment garantissons-nous une retraite digne ? Notamment aux mères qui ont fréquemment travaillé à temps partiel et dont le deuxième pilier est souvent trop peu doté ?

Et enfin : En faisons-nous assez pour qu’il soit plus facile de concilier famille et travail ?

Ou pour l’égalité salariale ? Comment pouvons-nous redonner aux femmes – qui gagnent en moyenne 8 % de moins que les hommes – ces quelque 8 milliards qui leur sont soustraits chaque année ?

Mesdames et Messieurs,

Nous ne sommes pas indifférents. C’est la raison de notre succès et de notre prospérité.

J’évoquais les nuages en préambule. Je terminerai en évoquant les rêves.

Yverdon est à l’image de cette Suisse que nous fêtons aujourd’hui : un lieu d’histoire et de tradition qui est aussi un rêve de modernité et de solidarité.

Yverdon se situe aujourd’hui dans le peloton de tête des villes suisses qui innovent.

C’est une bien jolie revanche pour une cité historique qui traditionnellement végète dans les dernières pages des dictionnaires.

Je vous souhaite une très belle fête du 1er août
à toutes et à tous !

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