Ascona (Monte Verità)
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en français, en allemand et en italien. Texte original, non traduit.
Amis de la cinématique,
Amis des thématiques,
« Tout ce qui bouge sur un écran est du cinéma ».
C’est ce que pensait Jean Renoir.
En 1946, année de la première édition du Festival de Locarno, Jean Renoir avait été primé.
Mais pas à Locarno : à Venise !
A Locarno, c’est son compatriote René Clair qui avait eu le grand prix avec Dix petits Indiens, adaptation d’un roman criminel d’Agatha Christie.
Plus encore que ce film, c’est un vrai crime qui avait marqué la première édition du Festival de Locarno.
Un crime épouvantable, dont on se demande bien pourquoi il est sorti des mémoires.
Un odieux massacre.
Cette année-là, on avait procédé à l’abattage de vieux arbres centenaires dans le parc du Grand Hôtel,
sacrifiés sur l’autel de la technologie et du plaisir des masses,
découpés et taillés à la hache,
pour permettre la projection des films en plein air sur un grand écran de 8 m sur 7.
Si l’on nous invite depuis des années dans un luxuriant écrin de jardins sur les hauteurs de la Commune d’Ascona, ce n’est au fond que pour faire oublier un crime de sève.
Les organisateurs ont eu tort de penser qu’un écrin pouvait durablement occulter le mal commis par un écran.
Car le scandale est là qui se révèle enfin, sur cette bien nommée montagne tessinoise de la Vérité.
Jardin. Vérité. Tessin.
Trois éléments indissociables du Festival, qui désavouent Jean Renoir, tant il est connu qu’au Tessin, le cinéma ne se contente pas de se fixer sur un écran, si grand soit-il :
c’est dans la cité et ses jardins qu’il se meut également, en quête d’une vérité artistique.
Pour saluer le Festival de Locarno et parler du cinéma suisse, j’ai choisi cette année d’évoquer trois films mythiques qui ont abordé chacun de ces trois thèmes.
1. Pour le premier thème – le jardin – j’ai choisi « La Mort en ce Jardin », de Luis Buñuel.
Concernant Luis Buñuel, quelqu’un a tenu, et c’est un comble, ces propos surréalistes : « C’était un type plus qu’adorable, qui me pressait le genou lors des projections pour me dire qu’il trouvait ça mauvais. »
Ce quelqu’un, c’est Freddy Buache,
à qui l’amour des films fut révélé à la vision de l’Âge d’or
et qui a codirigé – avec Sandro Bianconi – le Festival de Locarno à la fin des années 60,
âge d’or d’un cinéma engagé qui allait rapidement entraîner à sa suite celui du cinéma suisse.
Freddy Buache nous a quittés, mais il me plaît d’imaginer que son ombre vagabonde, amusée, quelque part au-dessus de ces jardins, comme dans les films de son maître et grand ami Buñuel, à qui il avait consacré un ouvrage de référence.
Ce dernier ne manquait pas en retour, à chaque fois qu’il passait en Suisse, de venir lui serrer la main et le genou.
C’est d’ailleurs sous la codirection de Freddy Buache, ami du jeune cinéma suisse et sans doute des vieux arbres tessinois, que l’on a renoncé, en 1968, à projeter des films dans le parc du Grand Hôtel, et que l’on a libéré le Festival d’un – comme il disait – « cadre mondain stérilisant ».
Freddy Buache désirait « insérer de façon cohérente le Festival dans notre société ».
Il se réjouirait des œuvres primées cette année à Genève.
« Ceux qui travaillent » et « Chris the Swiss », ou encore « Les heures-encre », sont en effet de belles œuvres politiques – découvertes pour certaines ici même à Locarno – marquées par les conflits en tout genre, en phase directe avec notre société actuelle.
2. Deuxième thème, la vérité
J’ai ici choisi le film homonyme d’Henri-Georges Clouzot – La Vérité – qui obtint l’Oscar du meilleur film étranger en 1961.
Il raconte le procès d’une jeune fille, interprétée par la « scandaleuse » Brigitte Bardot, accusée du meurtre de son amant.
Le Festival de Locarno a d’ailleurs vécu quelques scandales au cours de son existence, qui lui ont valu des procès d’intention.
Il y a 50 ans, en 1969, il était accusé de détériorer l’image du Tessin, une accusation lancée par le Blick.
Au centre de la polémique, la projection privée, jugée choquante, du film l’Etreinte.
Une fantaisie érotique pop plutôt féministe, tournée par deux réalisateurs belges, qui connut un succès d’estime en Suède ainsi que sur l’Internet Movie Data Base où il est crédité d’une note honorable de 6,2 sur 10, décernée par 66 cinéphiles éclairés.
Meine Damen und Herren,
Für manche war es auch ein Skandal, als die Gruppe für eine Schweiz ohne Armee (GSoA) 1989 ein antimilitaristisches Spruchband über die Leinwand der Piazza Grande ausrollte.
Und als Daniel Schmid 1999 im Anschluss an die Vorführung von Beresina oder Die letzten Tage der Schweiz einen goldenen Leoparden entgegennahm, dankte er seinen «Gegnern» dafür, dass sie ihn durch ihre Nicht-Unterstützung motiviert hätten, sich selbst zu übertreffen.
69, 89, 99 – in Locarno passieren offensichtlich in den Jahren, die mit einer Neun enden, ab und zu unglaubliche Dinge. Wir sind darum schon gespannt auf die diesjährige Ausgabe.
Doch, was auch immer passieren wird, am Ende obsiegt, wie im Film von Henri-Georges Clouzot, die Wahrheit, la vérité.
Die Wahrheit der Künstlerin und des Künstlers, des Filmemachers und der Drehbuchautorin, deren Arbeit es stets zu verteidigen gilt.
Zum Beispiel im Rahmen eines grossen Festivals. Ein Festival, auf das die Schweiz immer stolz war, auch wenn – oder vielleicht gerade wenn – es sich aufmüpfig gezeigt hat.
3. Terzo tema, il Ticino: «La più bella serata della mia vita», di Ettore Scola.
Questo classico, piuttosto raro, del cinema italiano del 1972 si apre sull’immagine di una bandiera svizzera che sventola a un valico doganale in territorio ticinese.
«La più bella serata della mia vita» è una commedia grottesca liberamente ispirata al racconto «La panne. Una storia ancora possibile» di Friedrich Dürrenmatt.
Girata in parte in un Ticino verdeggiante, è un condensato della nostra cultura vista con gli occhi di uno straniero.
Un mix culturale e paesaggistico di una simile qualità è destinato per sua natura a suscitare un interesse internazionale.
In fondo, questa è anche la missione del Festival del film di Locarno – vetrina di un cinema svizzero che la Confederazione intende dotare anche di altri atout per permettergli di attrarre pubblico anche oltre i confini nazionali.
Mesdames, Messieurs,
Il est temps de conclure.
« La Mort en ce jardin », « La Vérité » et « La plus belle Soirée de ma Vie » ont un point commun.
Quelqu’un parmi vous le sait peut-être ?
Ce point commun, c’est l’acteur Charles Vanel, qui tient un rôle important dans chacun d’entre eux, respectivement celui d’un prospecteur, d’un avocat et d’un juge.
Ce sont précisément ces trois rôles que joue la Confédération dans son encouragement au cinéma suisse, qui consiste pour l’essentiel :
à trouver et récompenser les talents,
défendre les cinéastes et les auteurs,
et juger de la qualité des projets au moment de leur apporter un soutien financier.
Charles Vanel a marqué le cinéma suisse, dans son dernier grand rôle, celui, principal, du vieillard de « Si le soleil ne revenait pas », inoubliable adaptation de Ramuz par Claude Goretta qui, comme Freddy Buache, nous a quittés cette année.
« Si le soleil ne revenait pas », une interrogation existentielle que le monde du cinéma suisse se pose à la veille de gravir le Monte Verità.
En 1946, Jean Renoir est allé gagner son prix à Venise. En 1989 – il y a donc 30 ans cette année – Charles Vanel est pour sa part décédé à Cannes.
Tout cela pour dire, par le biais des grands films et des petites anecdotes, que l’histoire du cinéma suisse continue de s’écrire à Locarno, quelque part entre Venise et Cannes.
Je vous remercie de votre attention.