Bâle
Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Discours prononcé en allemand, en français et en italien. Texte original, non traduit.
Sehr geehrte Regierungspräsidentin
Sehr geehrte Preisträgerinnen und Preisträger
Sehr geehrte Damen und Herren der Jury
Meine Damen und Herren
Der Schweizer Musikpreis ist eine Auszeichnung für ausserordentliche musikalische Errungenschaften.
Ausserordentlich ist das Werk, das wir heute auszeichnen – aber ist es auch Musik?
Eine Riesenschlange aus 150 Pneus, die bedrohlich zuckt und seltsame Klänge produziert.
Aufgehängte Lautsprecher, die vor sich hin dröhnen und dabei wie irre Marionetten umhertanzen?
Opernsänger, die, auf eine Art Stelzen fixiert, im Raum hin- und her schwanken?
Ist das Musik?
Oder sind es elektronische Skulpturen?
Performance?
Medienkunst?
Wer die Werke von Cod.Act zu klassifizieren versucht, wird dabei scheitern.
Wir sind verwirrt, ratlos, überfordert – aber wir sind beeindruckt
Meine Damen und Herren
Es ist Musik.
Schliesslich sind wir hier an der Vergabe des Schweizer Musikpreises.
Aber klar: Die diesjährigen Preisträger, das Künstler-Duo André und Michel Décosterd, schaffen etwas, das sich einfacher Kategorisierung entzieht –
das jedoch gerade daraus seine kreative Kraft bezieht.
Ihre Kunst durchbricht gleichzeitig unsere Seh- und Hörgewohnheiten
lässt uns Gehörtes sehen
und Gesehenes hören.
Ein Werk zwischen allen Sparten.
Musik und Objekt verschmelzen miteinander, bilden eine Synthese, die uns berührt.
Und mehr als das.
Die uns aufwühlt,
manchmal gar verängstigt.
Meine Damen und Herren
Es drängt sich auf, das Werk von Cod.Act als Reflexion zum Verhältnis von Mensch und Maschine zu lesen.
Denn die Klänge, die die Skulpturen von sich geben,
überraschen nicht nur uns Zuschauer,
sondern auch die Künstler selber,
die die Algorithmen programmiert haben.
Es ist diese Verselbstständigung der Maschinen, die uns als Gesellschaft immer stärker beschäftigen wird in den nächsten Jahren und Jahrzehnten.
Es ist die Gefahr der Überrumpelung durch das, was wir selber geschaffen haben.
Was uns fesselt, ist insbesondere
der Kontrast zwischen dem Sphärischen der Musik
und dem Wuchtigen,
Archaischen,
dem Übermächtigen,
Gewaltigen
und manchmal fast Gewalttätigen dieser Skulpturen.
So gesehen, sind die Klangskulpturen Frankenstein’sche Schöpfungen.
Mesdames et Messieurs,
Les œuvres de Cod.Act ont aussi une autre facette, plus légère.
C’est ce qu’illustre de manière saisissante l’installation « Cicloïd-E ».
De gigantesques bras métalliques, tournoyant à l’horizontale et produisant des sons mystérieux, extraterrestres, au sens propre du terme.
Pour cette réalisation, les artistes se sont inspirés des théories de Johannes Kepler, astronome du XVIIe siècle.
Il était persuadé
que la rencontre de deux planètes
devait forcément produire des sons.
Que le silence ne régnait pas dans l’univers,
mais qu’au contraire
on devait y entendre la « musique des sphères ».
Dans « Cicloïd-E », André et Michel Décosterd poursuivent leur quête, selon leurs propres termes, d’une
« harmonie dans un système chaotique ».
Cette quête ardente de sens continuera de nous animer à l’ère de la numérisation et de la robotique.
Elle avait aussi animé Johannes Kepler, dont les calculs ont chamboulé la compréhension du monde d’alors,
lui qui n’a toutefois jamais cessé
de chercher dans les phénomènes naturels les signes du divin.
Le musicien Daniel Hope a ainsi écrit, dans un essai daté de 2013 :
Je cite :
« Dans la musique des sphères, musique et mathématique se fondent pour devenir sœurs. »
Ou, dans notre cas, frères ?
Car oui, Mesdames et Messieurs,
Ce prix ne vient pas simplement récompenser des artistes d’exception, mais un incroyable duo fraternel.
Là aussi, l’ordre semble trouver sa place dans le chaos.
Les deux frères travaillent chacun dans leur atelier, à distance respectable l’un de l’autre.
André, musicien de jazz, se charge de la composition algorithmique.
Michel, architecte de formation, s’est spécialisé dans l’art cinétique.
Dans une interview, Michel explique :
« Je construis des machines qui peuvent dialoguer avec la musique ».
Et André de rebondir :
« Dès le départ, l’idée m’a habité que ma musique devait réagir aux mouvements d’une machine. »
Chacun recherche, compose, conçoit et construit pour lui-même. Mais chaque frère a toujours en tête les particularités du média dans lequel l’autre évolue.
Leur carrière artistique – ou leur carrière cinétique ? – tout entière se construit sous le signe de cette convergence.
La convergence de deux approches,
la réunion de deux univers culturels dissociés.
Grâce à leur collaboration, notre perception évolue.
E questo, gentili Signore e Signori, e questo è già molto.
Almeno per un attimo ci rendiamo conto
che sentiamo con gli occhi,
che vediamo con le orecchie,
e che pensiamo con entrambi.
Ja, mit Cod.Act denken wir sehend und hörend.
J’adresse toutes mes félicitations à Cod.Act pour leur Grand prix suisse de musique !