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Seul le texte prononcé fait foi.
Mesdames et Messieurs,
C’est malheureusement par écrans interposés que je m’adresse à vous aujourd’hui.
C’est déprimant. Cela dure maintenant depuis si longtemps. Trop longtemps.
Mais soyons positifs.
Cette manifestation culturelle consacrée à Dante a bel et bien lieu.
D’une autre manière.
Mais elle a lieu.
Cela montre que notre vie culturelle sait résister et qu’elle ne se laisse pas abattre aussi facilement.
Et je suis convaincu qu’une fois le coronavirus derrière nous, – je le répète pour le plaisir – une fois le coronavirus derrière nous –, nous assisterons à une renaissance culturelle.
Pour que cette renaissance ait lieu, le secteur de la culture a évidemment besoin du soutien des autorités. Un soutien qu’elle recevra.
Nous avons besoin de culture.
De perspectives multiples, d’approches inédites, de ce questionnement autour des identités.
Tout particulièrement ici, en Suisse,
Une nation plurielle, d’une grande diversité,
dont les langues et les cultures n’ont pas de dénominateur commun.
En parlant de diversité : y a-t-il une œuvre plus diversifiée que la Divine comédie de Dante ?
Elle est en effet à la fois
le récit d’une quête de sens,
un poème d’amour,
le prolongement d’un mythe antique qui se marie avec la pensée et le ressenti chrétiens.
La Divine comédie respire l’admiration pour l’ordre divin.
Mais elle marque aussi l’entrée dans la modernité
ainsi que la naissance d’une certaine « italianità ».
On pourrait aussi la qualifier d’œuvre d’un millénaire, car le texte recouvre à la fois l’Antiquité et le Moyen Age.
Mesdames et Messieurs,
Dans la Divine comédie, le privé et le politique sont étroitement liés.
Dante a perdu la bataille politique dans les guerres de pouvoir entre ligues florentines.
Il a dû s’exiler et a beaucoup souffert.
Mais il n’en est pas ressorti amer.
Non, il s’est engagé pour un monde meilleur avec les moyens qui lui restaient – l’art en l’occurrence.
Du tragique de son existence, il n’a pas fait une tragédie, mais une comédie.
Au premier sens du terme.
Une histoire qui finit bien.
Et même au paradis !
Gentili Signore e Signori,
Dante era un illuminista ante litteram – in anticipo sui tempi di ben quattrocento anni.
Un luminoso umanista nelle tenebre del Medio Evo: «Fatti non foste a viver come bruti».
Grazie a Virgilio, la sua guida, fa proprie le quattro virtù cardinali degli antichi:
prudenza, temperanza, fortezza e giustizia.
Zeitlose Tugenden, die auch heute unter Druck stehen.
Vielleicht sogar ganz besonders in Zeiten der Polarisierung und des Lagerdenkens.
Die Mässigung gilt heute vielen als Schwäche.
Die Weisheit, die es für Kompromisse braucht, gilt mancherorts als Kapitulation vor dem politischen Feind.
Man kann sich schon fragen:
Sind wir so viel weiter als im Florenz zu den Dantes Zeiten?
Gewiss: Ins äussere Exil würde Dante heute kaum mehr vertrieben werden. Zumindest nicht im demokratischen Teil der Welt.
Aber vielleicht ins innere Exil?