New York
Manuscrit, non publié à l’époque. Texte établi d’après l’exemplaire de lecture. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.
Madame la Présidente,
Mesdames, Messieurs,
« Rien n’est jamais définitivement acquis. Il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. »
En 1949, Simone de Beauvoir nous avait pourtant mis en garde.
Si les conditions des femmes et des filles se sont généralement améliorées dans le monde au cours des dernières décennies, le chemin vers l’égalité est encore long.
Nous observons même avec inquiétude que la tendance jusque-là positive tend à s’inverser.
Parce que les crises actuelles ont un impact disproportionné sur les femmes qui occupent en général des emplois moins sûrs et moins rémunérés.
Les femmes sont ainsi les premières à ressentir les effets cumulés des crises : diminution des emplois, inflation, augmentation de la violence de genre. Si bien que les quelques acquis des dernières décennies sont aujourd’hui menacés.
Pourtant nous connaissons les solutions ! Elles sont formulées depuis longtemps dans différents instruments multilatéraux qui doivent être respectés par les Etats, à commencer par la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.
La Suisse s’engage pour le respect de l’état de droit et du droit international.
Un cadre normatif international fort et sa mise en œuvre par les Etats constitue le meilleur moyen de protéger les individus et d’assurer le développement de société égalitaire et inclusive.
Nous sommes également convaincu que le respect des droits humains est essentiel pour l’établissement d’une paix durable. Une conviction qui oriente le mandat actuel de la Suisse au Conseil de Sécurité.
Depuis l’an 2000 et l’adoption de la résolution 1325, nous sommes toutes et tous d’accord qu’une paix durable n’est possibles qu’avec une participation pleine et égale des femmes.
C’est pourquoi la Suisse poursuit son engagement en faveur de la mise en œuvre de l’Agenda femmes, paix et sécurité et appelle les Etats à continuer à se mobiliser pour la pleine mise en œuvre de la résolution 1325.
Mesdames, Messieurs,
Outre le droit international, la transformation numérique en cours est un levier puissant pour l’autonomisation des femmes et des filles.
Les nouvelles technologies peuvent en effet faciliter la vie des femmes.
Mais si les femmes doivent pouvoir exploiter tout le potentiel de la numérisation et de l’intelligence artificielle, elles doivent également pouvoir en influencer le développement.
Car les nouvelles technologies comportent aussi des risques, dont celui de reproduire des biais de genre en raison d’algorithmes discriminatoires.
Les femmes restent toutefois encore sous-représentées dans les filières scientifiques. En Suisse par exemple, elles ne représentent que 37% des personnes diplômées. L’augmentation de la part des femmes suivant une formation dans ces domaines constitue d’ailleurs une des priorités de la Stratégie suisse Egalité 2030.
Les nouvelles technologies alimentent aussi les violences fondées sur le genre. Cette violence en ligne pousse les femmes et les filles à quitter le cyber-espace, les empêchant ainsi de faire valoir leurs idées et de participer au débat démocratique.
La Suisse accorde une grande importance au potentiel des nouvelles technologies, et s’engage pour qu’elles favorisent le développement durable et garantissent l’égalité des genres.
Elle le fait dans le cadre des négociations de la convention-cadre sur l’intelligence artificielle du Conseil de l’Europe.
La Suisse soutient également l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) en vue d’améliorer la sécurité des femmes journalistes.
La société civile joue elle aussi un rôle majeur pour le développement d’un monde numérique respectueux des droits humains. Je citerais l’exemple de l’association féminine suisse Alliance F et son projet « Stop Hate Speech », qui détecte les propos haineux sur la toile et leur apporte un contre-discours efficace.
Mesdames, Messieurs,
Nous disposons des outils juridiques et technologiques qui permettent de garantir l’égalité entre femmes et hommes.
Il nous revient aujourd’hui, à nous toutes et tous, de les mettre en œuvre afin d’assurer une paix et un développement durables.
Je vous remercie de votre attention.