Fribourg

Manuscrit, non publié à l’époque. Texte établi d’après l’exemplaire de lecture. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Ami-e-s du ciné,
Ami-e-s des banquets,

Il y a plusieurs personnes que je souhaite saluer.

J’aimerais tout d’abord lever mon verre à quelqu’un qui, bien avant Thierry Jobin, fut le premier à avoir eu l’idée de mettre en scène un banquet.

A Platon !

Et au dernier arrivé, mais plus célèbre des convives ayant pris part à ce banquet.

A Socrate !

Souvenons-nous de ses propos : « c’est pour tout homme une obligation de vénérer l’Amour ».

Nous vénérons ce soir, comme chaque année au FIFF, l’amour du cinéma.

Je lève donc également mon verre à l’inventeur du cinéma.

A Georges Méliès !

J’aurais naturellement tout aussi bien pu porter un toast à Auguste et Louis Lumière, mais ils n’ont réalisé que des documentaires et comme nous ne sommes pas à Visions du Réel, il ne serait pas de très bon goût de faire jouer la concurrence.

On ne vient pas dîner chez les gens pour faire l’éloge de la cuisine de leurs voisins.

Le FIFF nous propose donc cette année, dans une nouvelle section de cinéma de genre, une programmation faisant la part belle aux plaisirs de la table.

Ce festival est un récidiviste : il avait déjà programmé l’année dernière La Grande Bouffe de Marco Ferreri.

Et à ce propos, j’aimerais lever mon verre aux premiers à découvrir les vertus du bicarbonate de soude, connu pour faciliter la digestion.

Aux Egyptiens de l’Antiquité !

Mais le FIFF semble malheureusement avoir oublié quelques minorités, puisque dans sa section de films consacrée aux plaisirs de la table, il méprise les végétariens en ne proposant aucun navet.

Aux navets, systématiques oubliés du FIFF !

Parmi toutes les fonctions humaines essentielles, manger est celle qui a peut-être été la plus représentée à l’écran.

On ne compte en effet plus les scènes de repas, de dîner, de déjeuner, de souper, de pique-nique, de casse-croûte, de festin, de réjouissance, de ripailles, de bombance, de graille, de collation ou de gueuleton qui ont imprimé les pellicules à travers le monde.

Au Larousse des synonymes, sans lequel la rédaction de cette dernière phrase n’aurait pas été possible.

Mais avant tout repas, il y a bien sûr l’apéro.

Dans son premier film réalisé en 1896, Georges Méliès s’attachait à filmer une partie de carte se déroulant précisément à l’heure de l’apéro.

Et je dois déjà à nouveau lever mon verre.

A l’encyclopédie en ligne Wikipédia !

Bon, pour ma part, je regrette de ne pas trouver un film suisse dans la section proposée.

J’aimerais dès lors conclure en évoquant un classique suisse dans lequel les personnages n’arrêtent pas de boire du champagne et de porter des toasts et qui doit être considéré comme un authentique film de banquet.

Je lève mon verre à un chef-d’œuvre dont on célèbre les 50 ans cette année : sorti en 1973, il a été récompensé au Festival de Cannes l’année même où La Grande Bouffe n’avait suscité que critiques et reflux.

A L’invitation, de Claude Goretta !

Ce film nous montrait deux visions d’une Suisse s’affrontant, l’une progressiste, représentée par une jeunesse insouciante désireuse de s’émanciper, quitte pour cela à briser les conventions établies, l’autre conservatrice et patriarcale, forcément rétive à toutes les évolutions susceptibles de lui faire perdre ses privilèges.

Pour rappeler qu’il n’y a qu’une seule planète, mais une multitude de mondes si l’on s’attache à prendre en compte toutes les sensibilités culturelles.

Et je vais maintenant pouvoir enfin lever mon verre…

Au FIFF !

Qui, chaque année, nous montre des films issus de tous les mondes et de toutes les cultures, qui étanche notre soif de curiosité et ravive notre faim de débattre en nous offrant la chance de nous confronter au regard d’autrui.

A l’issue de la projection du film, j’offre un verre au premier qui me dira combien de fois j’ai levé le mien.

Merci de votre écoute, et excellent festival !

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