Vully-les-Lacs

Manuscrit, non publié à l’époque. Seul le prononcé fait foi. Les notes de travail ont été retirées.

Monsieur le Syndic, Mesdames et Messieurs les Municipaux

Monsieur le Président du Conseil communal, Mesdames et Messieurs, Le premier août est une journée chargée de symboles.

Au plan fédéral, bien sûr, mais aussi au plan communal.

C’est la raison pour laquelle les membres du Conseil fédéral se dispersent chaque année à travers toute la Suisse pour faire conjuguer ces différents symboles dans un esprit de fédéralisme.

C’est un algorithme développé par l’EPFZ, conçu à partir de milliers de données scientifiques récoltées dans le Dictionnaire Historique de la Suisse et triées par des stagiaires d’été de l’Office fédéral de la statistique, qui sélectionne les localités le plus susceptibles d’entrer symboliquement en résonnance avec l’actualité et les enjeux à venir.

C’est là que des discours doivent dès lors être impérativement prononcés pour que nos messages portent.

Sérieusement : votre invitation m’a fait très plaisir.

Merci beaucoup !

Nous venons de traverser une crise sévère. Nous avons navigué au plus fort de la tempête pour éviter de sombrer.

Or, comme son nom le suggère, la commune de Vully-les-Lacs, dont fait partie Bellerive, est une petite Interlaken vaudoise située au bord de deux lacs différents, un cas plutôt rare en Suisse.

Cette particularité géographique nous autorise à penser que les habitants de Vully-les-Lacs savent doublement nager.

Ils incarnent ainsi à merveille cet esprit de prudence et ce sens de l’anticipation typiquement suisse qui nous permettent de résister aux courants lorsque ceux-ci deviennent mauvais, deux qualités essentielles qu’il convient absolument d’honorer en ce jour du 1er août.

Mesdames et Messieurs, Le 1er août est toujours une bonne occasion de nous rappeler ce qui fait la force de la Suisse le sens du compromis la liberté d’expression le respect de l’adversaire politique.

Si nous nous penchons sur les dernières années, nous devons malheureusement constater que la culture des médias sociaux a bouleversé nos débats politiques.

Cette culture qui se caractérise par de vaines polémiques, une indignation permanente, la vindicte populaire contre certaines personnes ainsi que par une étrange fierté à privilégier les analyses simples, voire simplistes.

Oui ou non, bon ou mauvais, ami ou ennemi.

Et rien entre les deux extrêmes qui permette un rapprochement, le dialogue ou des compromis acceptables.

Certains ont ainsi fait de l’intransigeance une qualité, alors qu’elle n’est en réalité qu’une attitude de blocage.

Souvent confondue avec la fermeté, la volonté d’avoir toujours raison n’est rien d’autre qu’une inaptitude à la démocratie.

Mesdames et Messieurs, Au cours des dernières années, nous avons trop parlé des autres – et pas assez avec eux.

Nous nous sommes peut-être sentis robustes, mais en fait nous avons affaibli la Suisse.

Or souvenons-nous : qu’est-ce qui nous a rendus plus forts par le passé ?

La recherche commune de bonnes solutions.

La curiosité et l’envie de connaître l’opinion des autres.

Et le fait de reconnaître que notre interlocuteur pouvait aussi avoir raison.

Parler avec les autres et pas des autres – c’est parfois difficile.

Mais quelle est l’alternative ?

Notre culture politique – qui est parfois un peu compliquée – et notre diversité – étonnante pour un si petit territoire – ne peuvent s’épanouir que si nous nous rappelons encore et toujours que seules les bonnes solutions nous renforcent.

A l’inverse, l’entêtement et les interdictions de penser ne mènent à rien et nous affaiblissent.

C’est seulement en œuvrant et en luttant ensemble, en nous serrant les coudes que nous pourrons maintenir ce qui fait la Suisse, ce qui la fédère et ce qui la fait avancer.

Mesdames et Messieurs, Le monde est devenu plus menaçant

Une guerre se déroule en Europe.

Les pénuries et l’inflation menacent.

Et la place de la Suisse dans le monde soulève des inquiétudes.

La guerre et la pandémie vont changer le monde. Mais personne ne sait comment.

Par contre, nous connaissons les questions essentielles auxquelles cette nouvelle situation nous confronte:

Comment définir notre neutralité dans un monde globalisé, où les démocraties sont en concurrence avec des régimes autoritaires ?

Comment concilier la solidarité avec l’Ukraine avec notre neutralité ?

Que signifie la guerre pour notre propre sécurité ?

Et comment éviter que l’inflation affaiblisse davantage encore les plus démunis ?

Parallèlement, les grands défis qui nous préoccupaient déjà avant la guerre n’ont pas disparu pour autant.

La crise climatique qui nous concerne toutes et tous – comment éviter qu’il soit déjà trop tard ?

Et notre relation avec l’Union européenne, comment va-t-elle évoluer ?

Le problème des inégalités mondiales extrêmes n’est toujours pas résolu.

La prévoyance vieillesse doit être réformée – de manière équitable.

Car si le système périclite, il n’y aura que des perdants.

Garantir la sécurité matérielle de toutes et tous à la retraite fait partie des fondements de la Suisse.

Un autre fondement de notre pays est l’accès pour tout un chacun à un système de santé de qualité.

Créer une médecine à deux vitesses, c’est créer deux Suisse.

Personne ne le souhaite.

Mesdames et Messieurs, La crise du coronavirus nous a montré que nous avons le choix en tant que société.

Voulons-nous relever ces défis grâce à notre culture du débat, parfois rude, mais toujours constructive ?

Ou allons-nous camper sur nos positions, en méprisant les autres ?

Croyons-nous encore aux vertus du pragmatisme et de la raison ?

Ou préférons-nous adhérer aux théories du complot, allergiques à toute forme de preuves ?

Non, ce chemin-là n’est pas praticable.

Nous sommes capables de faire beaucoup mieux.

J’en suis convaincu: la grande majorité de la population de notre pays sait que nous devons soigner notre culture politique, si nous voulons que notre pays continue d’avoir du succès.

La grande majorité sait que c’est justement la diversité qui nous rend forts.

Pas seulement la diversité des langues et des cultures.

Mais également la diversité des perspectives, des avis, des idées.

Nous avons, en tant que pays, tout intérêt à ce que les discussions soient menées de la manière la plus rationnelle possible.

Et que ce soit la qualité des arguments qui compte – et pas le volume avec lequel on les formule.

Mesdames et Messieurs, À l’occasion de la Fête nationale, rappelons-nous ce qui nous unit vraiment.

Ce n’est pas d’être toujours gentil avec les autres.

Non, c’est de pouvoir débattre de tout, mais pas éternellement non plus.

C’est de s’affronter, avant de trouver un terrain d’entente.

C’est d’avoir des débats politiques houleux, puis d’aller boire une bière ensemble.

Mais une seule bière!

C’est le vœu – pieux – du ministre de la Santé.

S’asseoir à une table et partager un verre est important pour toutes et tous, mais aussi pour la Suisse comme pays.

Mesdames et Messieurs, Vully-les-Lacs n’est pas qu’une commune où les gens savent doublement nager.

Elle est aussi un lieu de culture abritant un site palafittique préhistorique où vivaient autrefois des sociétés lacustres.

Sociétés lacustres qui sont devenues des sociétés de campeurs vivant aujourd’hui dans des huttes mobiles, dotées de l’eau courante et de l’électricité et qui continuent justement d’honorer – à l’heure de l’apéro – les traditions viticoles gallo-romaines.

Elle est la preuve qu’Homo Helvéticus a su se moderniser pour se réinventer sans jamais renier son histoire.

Je vous remercie de votre écoute et vous souhaite une excellente fête nationale !

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